Dure rentrée

Publié le 23 Novembre 2013

Dure rentrée

J'ai toujours du mal à quitter Paris, mon passage , mes voisins, mes moineaux, mon facteur, mon marché, mes bistrots, ma tribu, mes amis... Je fais toujours mes valises au dernier moment, et bourre le coffre de boites à oeufs et de bocaux vides et de sacs plastiques du Monop, le tout accumulé depuis le dernier séjour à la campagne pour les donner à mes voisins paysans, J'ajoute des monceaux de morceaux de pain dur pour leurs poules et immanquablement au premier feu rouge du boulevard Mortier, je m'aperçois que j'ai oublié les clefs de la campagne ou mon portable ou mon carnet d'adresses.

Max, résigné fait un demi tour et je jubile de surprendre le pavillon par mon faux retour pour qu'il sache que je peux revenir à tout moment même si notre départ avait des allures de déménagement. J'aime m'inventer ce genre d'histoires. Je n'aime pas quitter ceux que j'aime parce que j'ai peur qu'ils disparaissent pendant mon absence...

Lorsque nous revenons à Paris, nous ne prenons pas le périphérique, nous nous offrons la traversée de Paris comme un sas de "décampagnardisation" entre la vie angevine et la vie parisienne et pour vérifier que tout est bien à sa place : on salue le lion de Denfert, on passe en revue les brasseries de Montparnasse avec une petite tendresse pour la Coupole et la Closerie des Lilas, on salue le jardin du Luxembourg, le Panthéon puis la Sorbonne puis le discret palais de Cluny, ensuite un petit coup d'oeil à gauche, sur la place St André des arts qui parait encore en vacances avec ses parasols et là, il faut choisir entre la fontaine St Michel et le programme Arts et essais du cinéma du même nom, Mission impossible, sauf si strabisme divergeant extrême. et enfin la Seine, dont je ne lasse pas, de jour comme de nuit, toujours enjôleuse...

Cette fois-ci, Max accepte de passer par les quais, après avoir enjambé l'Ile de la cité, pour aller vérifier que le Génie de la Bastille, symbole de la démocratie et de la liberté, n'a pas laissé tomber sa chaîne rompue, ni laissé éteindre, par les vents d'été, son flambeau! J'aime cette place et sa colonne ennoblie des noms des milliers d'insurgés morts pendant les trois glorieuses de ce mois de Juillet 1830. J'aime l'émotion qui m'effleure dés que je la retrouve. Me reviennent au coeur, l'énorme joie de la foule sous la pluie dansante, la nuit de l'élection de Mitterrand, et le silence impressionnant de la même foule venant y déposer des roses pour lui dire adieu, et l'attente fraternelle de l'arrivée de la marche des beurs. C'est comme retrouver une vieille copine gauchiste avec qui je partage le souvenir des innombrables manifs. Ce . n'est . qu'un . début . continuons . le . combat. !

J'aime aussi remonter la rue de la Roquette, avec sa canaille rue de Lappe où le bal à Jo accueille encore les guincheurs de javas . Un petit tournant et la-bas, à l'horizon, les arbres du Père-Lachaise nous indiquent que nous touchons presqu'au but. Le vieux portique, seul vestige de la prison de femmes, de la Roquette, me met dans la tête une complainte de Bruant, que je fredonne à la mémoire des putains de jadis, emprisonnées ici.

Place Gambetta, je suis chez moi. Voici le petit bistrot où j'ai rendez-vous avec mes amies Marie, Georgette et Betty dans quelques jours.

Tout va bien. Rien n'a changé depuis mon départ. Mon passage m'attend, le pavillon m'accueille et les moineaux me saluent. Je suis contente d'être rentrée à Paris. C'est une ville donc chaque quartier, chaque rue, chaque monument raconte une histoire, une ville, qui, à tout moment, nous révèle des endroits d'une beauté incroyable...

C'est une ville que j'aime, dont je ne me lasse pas et qui me fascine chaque jour.

Mais Marie me téléphone pour me dire qu'elle est hospitalisée et qu'elle sortira au prochain week-end. On fixe un nouveau rendez-vous dans un resto Place des fêtes.

Elle ne viendra pas à ce rendez-vous. Elle est morte la nuit entre Kippour et la fête de l'Huma.

Alors j'ai fait son oraison funèbre. C'était une grande fumeuse devant l'éternel. Elle est partie avec un paquet de gauloises dans chaque main, mis par ses deux filles aimées. Carine/Eléonore, ma fille, lui a aussi roulé une cigarette qu'elle a lancée sur son cercueil avec un iris, dernier caprice de Marie/Moustique : qu'on ne jette pas des roses sur son cercueil, mais des iris !


Et pour ajouter de la tristesse à celle de l'absence définitive de Marie, voilà mon Ophélia, ou plutôt celle de Philippe (Avron), qui meurt deux semaines après. Elle était rentrée de ses vacances à Toulon, épuisée par la chaleur qui l'avait beaucoup fatiguée... Elle était jaune comme un citron. "Hépatite" lui pronostiquai-je, "Petite crise de foie" me dit-elle dans un grand rire, quelques heures avant de mourir.

Et me voici toute désemparée. Ophélia, c'est elle qui nous avait poussées à faire un livre de nos courriels et qui voulait que j'écrive encore... Alors, j'ai écris pour elle, son oraison funèbre et elle a rejoint mes fantômes aimés à qui je pense chaque jour.
Je suis un peu vidée et trouve que la grande faucheuse est trop souvent dans nos jardins... Tous ces amis et amours qui disparaissent. Mais heureusement, nous sommes encore debout et avons encore beaucoup d'amour et d'amitié à donner.
Pas vrai?
Pauline

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